Apnée du sommeil et poids : il est possible de rompre la boucle
7.11.2023
5min
A cause de mon surpoids je fais des apnées obstructives du sommeil. Mais ces apnées contribuent à augmenter mon surpoids! Je dois perdre du poids pour améliorer mes apnées mais mes apnées entraînent une résistance à ma perte de poids.

Ici se présente une équation qui paraît difficile à résoudre. La prise en charge d’un excès de poids lors d’apnées du sommeil devient un réel casse-tête et demande donc une excellente connaissance du syndrome d’apnées et des effets secondaires qui y sont liés.

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Le syndrome d'apnées obstructives du sommeil, c'est quoi ?

Les apnées du sommeil correspondent à des arrêts involontaires de la respiration, plusieurs fois par heure. Quand elles sont obstructives, les apnées se caractérisent par une obstruction complète ou partielle des voies aériennes supérieures. Une fréquence supérieure à 10 apnées par heure associées à des ronflements et de la somnolence diurne évoque un syndrome d’apnée obstructive du sommeil. Au delà de 30 apnées par heure, nous parlerons de forme sévère de SAOS. Les SAOS ne représentent pas un risque immédiat pour la santé, mais un risque à long terme lié à la somnolence diurne (risque d’accident) et également un risque de développement d’un syndrome métabolique. Pour évaluer votre risque d’apnées du sommeil, faites le test sur le site www.cenas.ch

Pourquoi prend-on du poids lorsqu'on souffre d'apnées ?

Lorsque l’on souffre d’un SAOS, cela signifie que notre organisme est subitement mis en alerte par le manque d’oxygénation à chaque apnée, donc si l’on fait 30 apnées par heure, notre organisme se réveille en stress toutes les deux minutes, un phénomène qui n’est souvent pas perceptible. L’organisme perd alors sa capacité à entrer dans un sommeil profond et réparateur, ce qui est rapidement lourd de conséquences. Plusieurs études ont démontré qu’une diminution de l’efficacité ou du temps de sommeil, aura, en moins d’une semaine, des répercussions sur 4 hormones:

  • augmentation de l’insuline : l’insuline est notre hormone de stockage, plus nous en produisons, plus nos cellules graisseuses se remplissent.
  • augmentation du cortisol : le cortisol est une hormone présente dans le stress chronique, elle a les mêmes effets que la cortisone, son analogue chimique. Cette hormone aura donc tendance à créer des gonflements, des envies de sucre et une prise de poids localisée sur le haut du corps.
  • augmentation de la ghréline : la ghréline est notre hormone de la faim, son augmentation aura pour effet de nous ouvrir encore un peu plus l’appétit
  • diminution de la leptine : la leptine est une des hormones responsables de la satiété, sa diminution aura donc des effets ravageurs sur la capacité à réguler la faim.

De plus, les apnées du sommeil augmentent un phénomène appelé “oxydation“, qui à long terme créera un vieillissement accéléré des cellules et donc une augmentation du risque cardiovasculaire, ainsi que des processus inflammatoires complexes.

Ces mécanismes sont-ils réversibles ?

Une fois l’apnée traitée, par un CPAP par exemple, le manque d’oxygénation ne sera plus, ou moins présent. On constatera donc une évolution de certains symptômes comme la somnolence. Cependant, il est fréquent de constater que même une fois que le problème d’apnées est traité, le poids ne descend pas. Effectivement les apnées subies au préalable aboutissent souvent à des phénomènes complexes d’inflammation à bas bruit. Nos cellules s’enflamment, se rigidifient et empêchent le déstockage graisseux. Également, la production du cortisol (hormone du stress) continue souvent longtemps après l’arrêt des stimuli de stress. Notre corps ayant subi des stress chroniques liés aux phases d’hypo-oxygénation, même une fois ces phases terminées, il n’est pas rare de constater que le cerveau continue à produire des hormones de survies comme le cortisol qui va alors représenter un frein à la perte de poids. Pour finir, la réaction de notre corps à l’insuline (hormone de stockage) sera elle aussi modifiée. La surproduction de cette hormone pendant les phases d’apnées induira parfois un phénomène nommé “résistance à l’insuline”, qui sera rarement solutionné avec uniquement un appareil respiratoire.

Alors que faut-il faire ?

La prise en charge du surpoids lorsqu’on est apneique doit s’axer sur plusieurs points:

  • Diminution de l’insulinorésistance

Il faudra veiller à diminuer fortement glucides et produits laitiers a base de lait de vache dans l’alimentation. Certaines molécules végétales comme la chalcone, extraite de la cannelle, ou le resveratrol, extrait du raisin, jouent un rôle intéressant dans la diminution de l’insulinorésistance.

  • Diminution de l’inflammation à bas bruit

Là encore l’alimentation et la complémentation seront efficaces, notamment avec des apports adaptés en omégas 3 et en polyphénols essentiellement issus de grenade fermentée.

  • Diminution de la production de cortisol

Quand notre corps pense être en survie, il faut le rassurer pour revenir à une réponse au stress normale. C’est le rôle d’un exercice de respiration nommé “cohérence cardiaque”. Cet exercice, répété plusieurs fois par jours pendant au moins deux mois permettra une diminution significative de la production de cortisol. Les apnées du sommeil transforment de manière durable les réactions de notre organisme sur différents points. Il est donc essentiel, pour viser une perte de poids dans un contexte d’apnées, même traités, de prendre en compte les effets et conséquences de la pathologie. Ainsi, il est conseillé de consulter un thérapeute spécialisé dans le domaine afin de trouver les solutions adaptées très précisément à son problème.

Par Virginie Terrier, nutritionniste spécialisée en micronutrition


Photographie par ©Paul Glover sur Fotolia.com (recadrée pour les besoins du blog)

AUTEUR.E.S
Virginie Terrier
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Nutritionniste